« Vous êtes un jeune vitrailliste ; à quand remonte votre goût pour le vitrail ?
Ce goût remonte à l’adolescence. Il s’agit d’une rencontre avec la couleur et tous les jeux de déformation des motifs, qui varient selon les heures en se projetant sur le sol et les murs. Le vitrail a d’abord été pour moi la transformation magique de la lumière au fil de la journée.
« Votre apprentissage vous a mené à l’étranger ; quels pays avez-vous ainsi découverts ?
J’ai suivi plusieurs stages, notamment à Canterbury, en Angleterre, et en Ecosse où j’ai passé trois mois à apprendre des techniques très différentes des techniques françaises, à la fois au niveau de la coupe et de la mise en plomb. J’ai visité des ateliers en Allemagne et en Espagne où les techniques utilisées, malgré quelques différences, sont finalement assez proches des nôtres. Au final, j’ai voulu adopter la technique la plus fiable et la plus pérenne, et c’est ainsi que j’ai conservé la technique française, essentiellement dans un but de solidité. A mon sens les vitraux réalisés en Allemagne, en France ou en Espagne sont les plus solides.
Au cours des stages que j’ai réalisés dans le pays, j’ai pu acquérir des techniques complémentaires dans divers ateliers, puis j’ai réalisé un « condensé » de ces connaissances pour établir ma propre technique, celle avec laquelle je suis le plus à l’aise.
« Qu’est-ce qui a motivé votre installation dans le Calvados ?
Au départ, des raisons familiales et un petit cercle d’amis qui s’est étoffé depuis. L’attrait du littoral et la beauté, le calme de la région m’ont également motivé, surtout venant de Paris où j’ai suivi ma formation à un rythme beaucoup plus agité… Même si la contrepartie éventuelle était une baisse de revenus, j’ai décidé d’adopter une qualité de vie supérieure en Normandie.
Professionnellement, la différence essentielle réside dans le fait que les chantiers de prestige – le Petit Palais ou l’Ecole Normale Supérieure de Musique, sur lesquels j’ai travaillé – se trouvent à Paris. En Normandie, il y a des chantiers de restauration ou de création de qualité, mais pas au même niveau. Cette situation est largement compensée par la qualité de vie, et Paris n’est pas si loin…
« Vous mariez vitrail et fusing ; ces techniques sont-elles pour vous complémentaires ?
Oui, bien sûr. Dans le fusing on travaille le volume par la surépaisseur du verre, tandis que le vitrail reste une surface plane, même si par la peinture on peut lui donner l’aspect d’un certain volume. Le fusing peut être serti au plomb tout comme le vitrail classique, mais c’est surtout dans les pièces comme les luminaires que le volume se révèle.
Le vitrail-fusing est destiné à une clientèle qui souhaite travailler dans l’abstrait et le moderne. Cette technique n’est pas encore tout à fait entrée dans les mœurs et reste à développer. Le vitrail classique intéressera plus les personnes qui sont tournées vers la tradition.
« Quelle est la part de restaurations entrant dans votre travail global ?
L’atelier va bientôt entrer dans sa quatrième année d’existence. Depuis sa création, le travail a évolué. A l’origine nous faisions presque uniquement de la rénovation, bien que ma formation ait abordé essentiellement l’aspect créatif du métier. Au fil du temps la part de restauration a baissé, pour arriver vraisemblablement dans les mois qui viennent à un travail de création à part égale avec la restauration, même pour les églises où nous créons désormais des vitraux.
« La création de vitraux n’est donc pas réservée aux particuliers ?
Les monuments historiques demandent un travail de restauration pure, mais les services administratifs comme la DRAC, par exemple, ont pris l’habitude de commander des maquettes à des peintres et des maîtres verriers pour créer des baies colorées à destination de monuments comme des collégiales ou des cathédrales, parfois des églises. Concernant le patrimoine religieux, on fait appel à des corporations ou des artistes contemporains qui marqueront les monuments de leur touche personnelle. La DRAC organise dans différentes régions des concours de création de vitraux contemporains, qui permettent à « l’esprit du siècle » de s’exprimer.
« Vous organisez chaque année un Salon du Verre à Touques ; qu’en attendez-vous ?
D’abord faire découvrir l’ensemble des métiers d’art du verre à tous ceux qui désirent acquérir une véritable culture du verre. Le salon accueille des métiers très divers et qui pour certains sont méconnus. La vente n’est pas le but principal, mais c’est plutôt la démonstration qui m’intéresse. Chaque artiste doit pouvoir y montrer son savoir-faire aux visiteurs : un souffleur de verre soufflera en direct, un perlier d’art réalisera des perles, un maître verrier vitrailliste pourra y faire de la coupe et de la mise en plomb sur place… Chaque métier doit pouvoir se livrer à une démonstration, si possible en expliquant ses gestes. Je sélectionne les artisans en fonction de ces critères, en évitant l’exposition statique des objets.
Dans le futur l’événement est appelé à grandir. Nous avons commencé avec huit artisans la première année, seize pour la deuxième édition, et une vingtaine est prévue pour l’année prochaine. Le but est de réaliser un mélange artisans-artistes, et de donner à la manifestation un rayonnement national.
Je ne cache pas qu’un autre but du salon est de faire connaître mon atelier, qui est situé derrière l’église Saint-Pierre où a lieu la manifestation, devant la superbe ferme Rothschild, mais qui est caché aux yeux du public. Je souhaite montrer qu’il existe des ateliers de qualité que le public peut découvrir simplement en les visitant.
Les portes du salon sont ouvertes au quart Grand-Ouest de la France, de la Bretagne à Lille, en passant par la région parisienne. On y trouve suffisamment d’artisans de qualité pour créer cet événement.
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Entretien réalisé avec Cyril Gouty, maître-verrier
Atelier Gouty Vitrail - Ateliers d'art, église Saint Pierre
8, rue Schaeffer 14800 Touques
Tél. 09.81.92.12.32 / 06.98.97.18.00
http://www.ateliergouty.com
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